"Quoi ? T'es encore chez Wanadoo ?" #OKLM

Souvenez-vous des débuts d'internet. On avait tous une adresse email liée à son FAI (fournisseur d'accès internet) et le protocole IMAP n'était pas encore la norme. Et lorsqu'on téléchargeait ses emails avec son incredimail, ils étaient supprimés du serveur de mail.

C'était une époque sans gros datacenter, on avait un site hébergé chez free en mode .free.fr et ni compte facebook, ni compte gmail à l'horizon, et encore moins de cloud.

Vaporisation et condensation

Le premier slogan de gmail, ce service d'email révolutionnaire proposé "gratuitement"[1] par Google, le slogan était :

Ne supprimez plus vos mails, archivez-les !

Et nous avons tous, ou presque, été séduit par la fonctionnalité prémisse du cloud : un espace de stockage vous est réservé. D'abord permettant d'accueillir jusqu'à 1 Go d'emails et de pièces jointes, désormais proposant 15 Go pour l'ensemble des services du cloud de Google (Drive, Photos et Gmail).

Liquéfaction et ruissellement

Mais si le cloud est l'ordinateur de quelqu'un d'autre, ce dernier sait exactement comment ne pas perdre les données de ses utilisateurs : backup, duplication, réplication, …

L'équation est simple : si on ne supprime plus ses emails, si on a un espace de stockage géant, si on active par dessus l'IMAP[1:1]. Alors on utilise vraiment beaucoup d'espace disque et de serveurs.

Après avoir été sensibilisé à la question de la pollution générée par les datacenters lors de l'écoute de la Tête Au Carré, j'ai fait le point et le ménage.

L'émission de Mathieu Vidard rappelle :

Chaque heure, 10 milliards de mails sont envoyés dans le monde, ce qui nécessite la consommation de 50 GW/H soit la production électrique de 15 centrales nucléaires pendant une heure ou de 4 000 allers-retours entre Paris et New York en avion.

En conservant ses emails et les pièces jointes associées, on pollue la planète.

En envoyant une photo aux copains, à la famille, c'est autant de copie de cette photo de 5 Mo, on pollue la planète.

En synchronisant sa boite gmail avec son smartphone, son ordinateur et les différents datacenters de google, on pollue la planète.

Mais …

Supprimer ses emails est l'équivalent en ligne d'éteindre ses appareils en veille. Si tout le monde le fait, un datacenter en moins sur terre et la planète est plus légère. 🌍

J'ai commencé à faire le tri sur ma boite gmail, que je vais finir par abandonner définitivement pour un autre fournisseur payant et discret[1:2].

Suppression des messages de publicités, newsletters et autres invitations à découvrir un produit, puis suppression des messages de forums, des services, …

Plus de 30 000 emails supprimés dans ma boite gmail en quelques clics, avec leurs réplications diverses (cloud et IMAP), ça fait plus de 300 000 emails supprimés. Avec une taille moyenne de 200 ko par email, on arrive à comprendre l'intérêt de supprimer toutes ces données. Près de 60 Go supprimés, ça ne fait pas encore un datacenter de moins, mais les petits ruisseaux faisant les grandes rivières, si les 500 millions d'utilisateurs gmail font de même (à commencer par toi, cher lecteur), alors on supprime bien quelques datacenters. Et tout cela en quelques clics.

Click Clean, étude de Greenpeace concernant les datacenters, recense plus de 4000 datacenters dans le monde, alimentés par des énergies fossiles : Amazon, Alibaba, Netflix.

Il n'y a pas que les emails qui posent un gros problème dans l'internet du cloud, mais il faut bien commencer par quelque chose : trier sa boite mail.

Pour aller plus loin

Le documentaire "Internet, la pollution cachée" présenté sur senscritique et sur france5 et disponible sur youtube.

Illustrations : photo personnelle en nc-by-sa ; copie d'écran de gmail en 2004 grâce à archive.org ; autocollant de Chris Watterston disponible sur stickermule ; extrait du rapport click clean de greenpeace.


  1. https://protonmail.com/ par exemple permet d'avoir les mêmes services que gmail, mais au lieu de les payer avec nos données personnelles, on les paye avec de l'argent (qu'on peut gagner en vendant nos données personnelles, si c'est notre choix :sic:). ↩︎ ↩︎ ↩︎